HILAIRE VANBIERVLIET


 

Hilaire Vanbiervliet est né à Courtrai le 29 octobre 1890. 

Il suivit déjà les cours du soir à l'Académie Municipale dès l'âge de quatorze ans.

Ses professeurs étaient e.a. Emmanuel Viérin, Edouard Messeyne et Albert Caullet.

Il obtint huit premiers prix, cinq fois la médaille de la ville, ainsi que le grand prix d'honneur de l'Etat pour l'art pictural.

Dès 1909 il suivit d'abord des cours d'art décoratif à l'Académie Royale, puis de modèle vivant et d'art pictural à l'Institut Supérieur à Gand sous la direction de Jan Delvin et Georges Minne et ce jusqu'en 1914, début de la première guerre mondiale.

Obligé de partir pour le front, il se vit contraint d'abandonner sa formation artistique.

En 1909 et 1910, il gagne deux fois de suite la médaille d'or au Concours National d'Art et de Décoration. Il y était entouré d'Albert Saverijs, Frans Masereel, Jules Boulez, Albert Claeys et Evarist De Buck.

La guerre avait profondément troublé et désorienté le jeune artiste ambitieux et en 1918, à l'âge de 28 ans, il décida de retourner à Gand pour quelques mois, afin de se réadapter.

Devenu indépendant, il se risqua d'abord dans le courant impressionniste, mais le caractère superficiel du pointillisme ne le contentait plus. Il parla plus tard de cette période comme une perte de temps.

Le jeune Vanbiervliet se sentit ensuite fortement attiré par la thématique religieuse. Ce genre le délivra du procédé pointilliste. C'est de cette façon qu'en 1921, il devint membre actif des « Pelgrims », un groupe anversois de peintres religieux, avec lequel il exposa régulièrement et récolta beaucoup de succès.

C'est à cette époque qu'apparurent ses premiers paysages.

Ils reflètent de manière sensible la Flandre rurale de sa jeunesse, ses habitations misérables et ses paysans déformés par le labeur.

Sa vision et son style personnel attirèrent l'attention sur lui au cours de ses premières expositions.

Sans pour cela se joindre aux expérimentalistes, Vanbiervliet resta fidèle à lui-même et créa un genre très personnel, caractérisé dans son contenu par une inspiration sociale placée dans un décor naturel.

L'évolution vers une vue totalement personnelle du paysage flamand n'est pas seulement due à sa propre attitude et sa philosophie, mais est également influencée et inspirée par deux lieux attrayants où il se rendit souvent afin de peindre et de rencontrer ses amis et sa famille: Tiegem et la Normandie.

Il y découvrit une vue panoramique et des horizons infinis qui semblaient s'intégrer dans une atmosphère mouvementée. Il y découvrit également les pentes vertes où les parcelles chatoyantes ondulaient dans une composition abstraite.

Ainsi grandit sa vision du paysage où tous les élements: les arbres, les parcelles et les maisons se superposent avec une force toute expressioniste.

Les maisons de campagne: "Maene Min" et "Zonneweelde", sur la crête de Tiegem et propriété des frères Colardijn, étaient les deux postes d'observation d'où il contempla des années durant et ce à raison de cinq fois par semaine, le monde de façon panoramique.

C'est ainsi qu'il en ressentit l'essence le plus profondément. 

Un autre lieu de séjour qui ajouta quelques composantes à cette vision et ces paysages typiques est la si jolie Normandie où dès son mariage en 1919 il passa annuellement plusieurs semaines afin d'explorer la région avec sa toile et son pinceau.

Plus tard, ses maisons et ses arbres devinrent une synthèse de ce qu'il avait fréquemment contemplé et dont il avait joui tant en Flandre qu'en Normandie.

Le climat, les cieux nuageux et la lumière diffuse projetée sur les deux paysages par un soleil voilé, offrent beaucoup de similitudes.

A l'origine, il intégra dans ses compositions des assombrissements afin d'obtenir un résultat acceptable de ce qu'il apercevait, sans pour cela être exubérant. Les éléments de grande dimension à l'avant-plan, sont souvent placés en contre-jour. 

L'attention est alors attirée sur une partie restreinte, le lieu de concentration, qui se trouve derrière ou à côté des éléments dominants.

Chaque toile est imprégnée d'un calme mystique, d'une atmosphère d'intimité floue, d'une poésie mélancolique, une sorte d'expérimentation religieuse de plaisir réprimé en face de cette grandeur, ce miracle imposant de la vie qui chaque jour vient dominer notre petitesse humaine. 

Plus tard, vers les années soixante, ces couleurs étouffées évoluèrent lentement vers une lyrique ardente. 

Dans chaque paysage, on ressentait la présence d'un soleil éclatant, d'une sorte d'optimisme enthousiaste pour la grandeur que la nature nous offre. 

Nous pouvons dédier cela à l'évolution de la mentalité et à la maturité d'âme d'un homme heureux, d'un artiste qui est reconnaissant pour toute la beauté qu'offre la vie. 

Nous trouvons également cette même chaleur dans ses paysages de neige, quelque chose de surnaturel qui transperce la réalité et où le petit humain impuissant trouve un refuge sûr.

Vanbiervliet ne peint pas le champ hivernal, ni les tempêtes qui font plier les branches dénudées des arbres; il ne peint pas non plus des personnages souffrants. Il peint au contraire des hivers qui sont doux pour les pauvres humains, ceux qui attirent le plus son attention dans des œuvres: des êtres robustes, mais fatigués et usés, à dos courbés, épaules tombantes, dont on dirait qu'ils ont des jambes de bois. Ils se traînent vers d'autres tâches dans leurs lourds sabots.

Leurs visages osseux sont las de vivre et expriment l'indifférence sous des casquettes mal posées. 

Les femmes, sous leur longue jupe et leur lourd châle marchent bossues en trébuchant sous le lourd fardeau d'une vie difficile  à vivre.

Il nous montre également la femme musclée qui ne peut se permettre de flancher. 

Il nous montre en somme le paysan qui vit selon la terre et les saisons et qui en devient un automate sans volonté. 

Souvent aussi, nous voyons l'enfant dans un entourage misérable.

Il est le modèle rapetissé de ces grands êtres, dépendant et adhérent à l'adulte de façon à former un bloc compact d'unité de fortune.

Vanbiervliet est loin de vouloir se montrer agressif. Il est au contraire très sensible aux visages peinés et veut les montrer aux plus aisés. Il ne condamne rien dans son œuvre et ne demande pas de pitié. Il témoigne d'une époque qui n'est pas loin derrière nous et amène ces images comme matière à réflexion, c'est là que nous découvrons un peintre religieux.

La conviction religieuse, profondément enracinée d’Hilaire Vanbiervliet, baigne dans toute son œuvre. 

C'est non seulement dans la thématique religieuse pure et biblique - où la figure du Christ joue un grand rôle tout au long de sa carrière - que nous retrouvons cette conviction, mais également dans ses sujets profanes, ses personnages misérables et ses têtes expressionnistes.

Il est difficile de ranger Vanbiervliet dans l'une ou l'autre école ou l'un ou l'autre genre, il est unique dans son style, sa vision et sa diversité.

Une mysticité sensible, un rêve sont suspendus au-dessus de ses paysages et de ses personnages religieux qui sont toutefois accentués de manière expressionniste. 

Les personnages et les têtes traduisent le caractère d'un peintre expressionniste tempéré, qui arrive à exprimer de façon directe l'élément typique de l'émotion interne avec force et volume.

Hors de ce monde imaginaire et fantaisiste, le peintre appelle des personnages démoniaques, des cauchemars afin de symboliser des situations dans la société ou des comportements humains et d'attirer ainsi l'attention. Tout cela reflète sa forte personnalité et son bagage technique étendu, ce qui lui valut l'appréciation de la presse et du public. Entre le moment où il obtint en tant que débutant, les cinq médailles à l'Académie de Courtrai ainsi que la période passée à Gand lors de l'obtention de la médaille d'honneur de l'Etat et d'autre part la grande distinction française, c'est-à-dire la médaille d'or "Arts, Sciences et Lettres" de l'Académie Française reçue pour toute son œuvre complète le dimanche 6 mai 1973 à Paris des mains de Marcel Achard, président de la Commission, s'était écoulée toute une vie.

En 1956, il fut sélectionné pour l'exposition circulaire "Art Flamand" dans le Congo belge d'antan.

A côté de nombreuses expositions individuelles partout en Flandre, il fut sélectionné également pour des expositions collectives à Paris, Lille, Arras, Tourcoing, Béthune, Eindhoven et Bad Godesberg.

L'honneur qui lui était dû, lui fut témoigné par la ville de Courtrai en 1970 lors de son 80me anniversaire.

Une exposition fut organisée en hommage au peintre au Fumoir du Théâtre Municipal. Plusieurs instances publiques exprimèrent au cours des années leur approbation et appréciation en achetant une ou plusieurs de ces toiles.

Citons le Musée Provincial d'Art Moderne de Belgique et les villes de Courtrai, Bruges, Harelbeke, Zottegem et Roulers.

Il est resté jusqu’ à sa disparition, à l'âge de 91 ans en 1981,  artistiquement actif et fidèle à sa vision créative:

 

"L'art sans profondeur spirituelle est trop matériel pour être l'art véritable!".